WINTZENHEIM . LOGELBACH

Auguste Haussmann - Guerre - 1871


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Année 1871

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1er janvier : L’année commence comme la triste année a fini : froid et bombardement. Le temps reste nébuleux jusqu’au 5. Les forts de Nogent, Rosny et Noisy ont très peu souffert. Il y a eu très peu de tués et de blessés.

5 janvier : Je monte aux buttes Montmartre. Le bombardement s’est déplacé. Il se dirige contre les forts de Montrouge, Vanves et Ivry (ou Issy ?). Mais l’horizon brumeux empêche de voir. On n’entend plus rien du côté de Nogent. Rien au Nord. Des obus sont tombés dans Paris, dans le 14ème arrondissement. Quelques tués et blessés.

6 janvier : Le temps s’est bien radouci. Le ciel est bleu. Il dégèle. Je vais à Passy, le chemin de ceinture n’allant plus que jusqu’à Auteuil. Je voulais aller au Point du Jour qui a reçu beaucoup d’obus.

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On entend la canonnade vers Auteuil.

7 janvier : Plein dégel et pluie. 5°de chaud. Je vais au Trocadéro. On entend une forte canonnade vers le S.O., mais on ne voit rien à cause de la brume.

9 janvier : Il neigeotte. Je vais dans le quartier du Panthéon voir l’effet des obus. Fenêtre trouée d’une maison rue de Médicis (près du Luxembourg) atteinte. Près de la rue Gay-Lussac, rue des Ursulines, je vois une maison atteinte. Une femme et sa fille à la porte de la maison me racontent que l’obus est tombé vers 3h ½ du matin en éclatant sans blesser personne. Un peu plus loin, une bombe a coupé les 2 jambes à une jeune femme qui est morte.

Rue d’Ulm, on me dit qu’il en est tombé mais je ne vois rien. Le Panthéon est fermé. Je vais à St Etienne du Mont qui est plein de fidèles pour la neuvaine...

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... de Sainte Geneviève.

En sortant, je vois du monde que les 7 .... Une maison présente sur un mur le sillon d'un boulet et dans le mur le trou d'un autre obus. Les murs des maisons en face sont criblés d’éclats d’obus, ainsi que le mur d’un bâtiment public de la place du Panthéon. Des pompiers me disent que ces derniers éclats proviennent d’un obus qui a éclaté sur le ......... Ces obus ont dû friser de près le dôme du Panthéon dont les Prussiens croyaient le bas plein de poudre comme il y a quelques semaines.

On voit beaucoup de petites voitures de déménagement dans le quartier et des groupes curieux ou inquiets dans les rues.
On entend fortement la canonnade mais il paraît que ce sont nos forts. Les obus prussiens ne tombent que la nuit.
Aujourd’hui bonnes nouvelles par un pigeon. Victoire de Faidherbe...

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... à Bapaume. Succès à Nuits. Le prince Guillaume de Bade tué. Dijon réoccupé par Garibaldi. Bonne position de Chancy & Baalek ? Nous étions depuis plus de 15 jours sans pigeons.

10,11 janvier : Continuation du bombardement pendant la nuit.

12 janvier : Je retourne dans le quartier du Panthéon. Je remarque nombre de traces d'éclats d'obus sur le boulevard Saint-Michel le long du Luxembourg.

Près du Val-de-Grâce, rue Saint-Jacques, on me montre un mur défoncé.

Au moment où j’arrive au coin des rues Saint-Jacques et Gay Lussac, un obus venait de tomber au res-de-chaussée d’une maison de cette rue, d’aveugler une femme et de blesser ou tuer 4 ou 5 personnes. Je rencontre plusieurs civières.
Le temps est vraiment froid : - 6°. Aujourd’hui on bombarde Plaisance. La nuit dernière a été un peu plus calme.

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13 janvier : Retourné au Point du Jour d’où je ne vois rien à cause du brouillard. On entend le canon dans le S.E.

Passé à l’hôtel du gouverneur de Paris. On m’adresse à un capitaine de service auquel je dis qu’on m’a engagé à demander chez le gouverneur de Paris un permis pour interroger les prisonniers, ayant été consul en Allemagne et parlant allemand. Ce jeune fat, à l’air petit crevé, me répond « Mais, Monsieur, le service des interprètes est organisé ! » Je lui réponds que c’était non pas un service que je réclamais, mais un service que je proposais de rendre et je lui tourne le dos carrément......

Ce soir je retourne au Club Cadet. Un orateur demande le rationnement du pain : je crois que c’est Briosne. Un Monsieur St Liluère ? , du Figaro, demande la parole. Il est hué. On crie « à la porte » malgré l’intervention du bureau.

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Enfin il est obligé de se retirer et même on le fait sortir de la salle qques instants en le menaçant de l’exporter.

Le citoyen Pegaume, je crois, fait un long et assez habile, mais sinistre discours, qui tend, à ce qu’il me semble, à l’annulation du gouvernement et à une sortie en masse, mais il ne le dit pas clairement.

La fumée de tabac est asphyxiante. Les citoyennes, restant du 1/4 de monde, sont nombreuses.

14 janvier : Visite à M. Ferd. de Lesseps qui blâme comme moi la présence d’un envoyé français à la Conférence de Londres. Un de ses fils est attaché à l’Etat-Major du Général Ducrot. Il l’a vu hier et dit que le 1/3 des troupes est malade.

15 janvier : Aujourd’hui dimanche, la canonnade prussienne redouble par un froid de 7°. Ils bombardent surtout nos forts de Vanves, Montrouge et Ivry.

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Je compte en moyenne 12 coups à la minute.

16 janvier : Dégel. Je vais au Trocadéro par la pluie. On voit très bien le feu des Prussiens sur toute la chaîne des collines du Sud. Le son suit d’assez loin la flamme. Je ne vois point tomber d’obus sur le quartier du Champ de Mars. L’horizon est assez net. La pluie vient le troubler.

Aujourd’hui j’ai été soulagé d’une grande inquiétude que j’éprouvais depuis 4 mois. Vallée m’annonce par une lettre qu’il vient de recevoir une dépêche de Colmar du 28 novembre et que tout le monde se porte bien. Le bon Fritz est donc rétabli, grâce à Dieu !! Adresser les lettres à Eug. Risler. Toute la nuit, du 15 au 16, la canonnade a été formidable et continuelle. Elle continue aujourd’hui.

17 janvier : Diminution cette nuit. Reprise le jour. Je retourne au Trocadéro. Aujourd’hui l’horizon est clair. Je constate que...

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... le feu de nos forts (Vanves, Montrouge, Issy) est bien plus nourri que celui des Prussiens de Châtillon et de Clamart. En général, le bombardement a bien molli.

En 20 jours, il a tué 50 personnes et blessé 180 autres, surtout des femmes et des enfants. Les hôpitaux ont été particulièrement atteints.

18 janvier : Visite de Vallée qui me parle de la prétendue évacuation des munitions du fort d’Issy et de la construction de batteries prussiennes à Avron d’où elles pourraient bombarder Belleville. Or Lamann ( ?) me montre à la mesure que la distance est de 8000 mètres tandis que le tir des Prussiens ne dépasse pas 7000 à 7500 !

Il parle aussi de l’éventualité de la reddition. Je l’accompagne au Ministère de la Guerre. Chacun des 8 régiments de cavalerie a donné 100 chevaux à la boucherie ! Il demande aussi des sorties. Nous rencontrons...

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....sur le quai une longue file de gardes nationaux mobilisés se dirigeant vers l'ouest. Une action se prépare. Victor est parti aujourd’hui avec un bataillon pour Fontenay. Fort rhume. Le dégel continue.

19 janvier : Aujourd’hui (après 4 mois de blocus) sortie de Trochu. Attaque de Montretout, Bouzenval et La Jonchère par surprise cette fois ! Les premiers bulletins sont excellents. Les derniers de 9h du soir mauvais. Trochu annonce que la canonnade ennemie l’a obligé d’évacuer les hauteurs. Il a remis son commandement de Paris à Le Flô.
Proclamation du gouvernement.
Rationnement du pain à 300 grammes.

20 janvier : Je vais à Passy (rue Renaud). Malgré la brume, je distingue les feux de nos forts et des Prussiens. Un .?... me signale le sifflement d’un obus. On dit que nous tenons toujours à Montretout, que ce sont les hauteurs de Garches que nous avons évacués. Erreur : Montretout est évacué aussi.

Dans la marge, en haut :

Il est touchant de voir nombre de femmes suivant les bataillons....

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On annonce le débloquement de Belfort -erreur-. Je pense que Bourbaki va tendre la main à Faidherbe pour couper les communications prussiennes.

C’est sans doute l’approche de Chancy qui a motivé la sortie ( ?)

Erreurs. Chancy a été battu, a perdu 10.000 prisonniers, 12 canons et obligé de se retirer vers Laval derrière la Mayenne.

Consternation dans Paris. Vive mésentente entre Trochu et Ducrot qui a été en retard de 2 heures !...

21 janvier : Visite à B......- Il dit « Nous sommes foutus, nous n’avons du pain que jusqu’au 10 février. Il faut capituler dans 5 ou 6 jours. Il s’irrite quand on lui parle de l’arrivée probable de Bourbaki. .......?....

22 janvier : (Triste journée d’émeute des Rouges)

Le bombardement de St-Denis a commencé hier. Ce matin, l’Officiel annonce que Trochu a cédé le commandement en chef à Vinoy et qu’il reste Président du Gouvernement.

Dans l’après-midi, des gars des clubs rouges, en uniforme, marchent sur l’Hôtel-de-Ville...

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... pour proclamer la Commune et ils commencent, paraît-il, le feu. Des mobiles bretons ouvrent les portes de l’Hôtel-de-Ville et font feu à leur tour. La place se vide. Il y a des morts et des blessés.

Flourens a été délivré cette nuit de Mazas* et installé, un moment, à la Mairie du 20ème. Le soir, l’ordre se rétablit. Il y a eu une barricade de 5 omnibus dans la rue de Rivoli.

Les journaux donnent la suite des bulletins allant jusqu’au 16, qu’on avait d’abord dissimulés. Il paraît qu’il a subi un vrai désastre d’après sa dernière dépêche et que l’armée de Frédéric Charles s’est grossie de renforts venus de Paris.

Si Trochu avait agi à temps, comme tous les généraux le demandaient, il aurait retenu les Prussiens ici. Cet homme a été d’un entêtement et d’une maladresse inouïe et coupable.

* Maza : ancienne prison cellulaire située en face de la gare de Lyon, détruite en 1898 (Wikipedia)

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23 janvier : Pourquoi, au lieu d’une bataille perdue dans les murs, suivie d’un mois d’inaction, n’a-t-il pas fait, chaque semaine, de petites sorties simultanées aux 4 points cardinaux ?

Sa dépêche du 20 relative, à l’armistice du 2 juin était déplorablement alarmante.

Aujourd’hui nous ne pouvons plus espérer qu’en Bourbaki s’il a le temps d’arriver avant que les vivres ne nous manquent, ce qui sera difficile. Pourquoi Trochu le pédant a-t-il tant tardé à reconnaître son insuffisance.

Le bombardement a redoublé depuis hier, les Prussiens comptant, sans doute, sur leurs amis les rouges.

24 janvier : Vu M. de Chabrin qui me montre les 3 lettres à M. J.Favre. Dans la 3ème il lui parle de Vinoy qu’il se flatte d’avoir fait revenir. Il déclare le retour de l’Empereur impossible. Il savait que nous avons des vivres jusqu’à la mi-mars et espère plus que. jamais.

On est très irrité contre l’entêté Trochu.

Note dans la marge :

C’est le 23 janvier, lendemain de la nomination de Vinoy que Jules Favre a entamé les négociations à Versailles, sans Trochu ! Quel gredin que ce (illisible).

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Manuscrit retranscrit par Marie-Claude Isner - Mise en page Guy Frank

A suivre...


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